PRO : Entretien avec Valentina CLEMENTE, journaliste au Corriere dello Sport

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Valentina Clemente Source Insagram

Passionnée de voile, de Formule 1, de Tennis et de Football, Valentina Clemente est aujourd’hui journaliste pour le Corriere dello Sport. Pour notre plus grand plaisir, cette spécialiste du football Italien, que vous retrouvez su les ondes d’Europe 1 et Radio France Internationale, a accepté un long entretien afin d’aborder son parcours, sa passion pour le sport, sa vision du métier de journaliste et son évolution.


UNE ENFANCE MARQUÉE PAR LE SPORT

Avant de rentrer dans le vif du sujet, abordons votre enfance et le contexte dans lequel contexte vous avez grandi. Comment le sport est arrivé dans votre vie ?

Je suis née à Rome en 1982, dans cette ville de Football, avec les deux clubs de la ville, La Roma et la Lazio, qui ont donné vie à un derby des plus importants en Italie. L’histoire de la ville, le contexte social, politique et culturel, ont accouché d’un derby très particulier, dont les enjeux dépassent le cadre du sport. Je ne pouvais donc pas échapper et grandir sans avoir un esprit foot et sportif.

Dans la pratique, faire du vélo et nager sont des choses très importantes dans ma vie.

Quels sont vos premiers souvenirs de football ? Etes-vous supportrice d’un club de foot en particulier ?

Il faut se remettre dans le contexte du milieu des années 1980, début des années 90. Tous les matchs n’étaient pas forcément diffusés comme aujourd’hui. Mais ma famille est passionnée de sport, ma jeunesse a été bercée par le football et la formule 1, mon père et mon grand-père étaient des malades de football. Le premier supportait le Napoli pendant que le second est fan des Giallorossi. J’ai eu la chance de vivre un des plus beaux moments du football italien à la fin des années 80, début des années 90 avec le grand Napoli de Diego Maradona et le grand Milan d’Arrigo Sacchi.

Avant mes 6 ans, je suivais le football italien en général, sans être supportrice d’un club. Je regardais le Milan, le Napoli et la Roma. Puis, Maradona, Alemão ou Careca ont fait de moi une supportrice Napolitaine à l’âge de 6 ans. Ces joueurs font encore partie de mes souvenirs, mais surtout d’une idée d’un certain football.

Je n’oublie pas non plus les joueurs du grand Milan, notamment les hollandais Ruud Gullit, Frank Rijkaard et Marco Van Basten. Même si tu n’étais pas forcément fan de l’équipe, tu étais obligée de les admirer. Pour résumer, mon école de football est un savoureux mélange entre le génie du football sud-américain et la justesse nord européenne.

Quel est votre premier match vécu en tribune ?

J’étais vraiment toute petite, au Stadio Olimpico pour un match de l’équipe nationale. Les travaux pour le mondial en Italie en 1990 n’étaient pas encore réalisés.

Comment se vit le sport et plus particulièrement le football en Italie ? Quels sont les points communs et différences avec la France ?

Le football est un élément culturel en Italie et est vécu comme une religion. C’est quelque chose avec lequel on grandit et il est presque impossible de ne pas aimer le foot en Italie, qu’on soit un homme ou femme d’ailleurs. En France, ce phénomène est un peu moins présent. L’attente des clubs français en coupe d’Europe est moindre qu’en Italie aussi peut être. Et puis, la France me semble plus repliée sur elle-même, moins ouverte aux championnats européens.

La France me semble plus repliée sur elle-même, moins ouverte aux championnats européens.

Thierry Cros, avec qui nous avions échangés, déclarait « Ici en Italie, c’est 24h24, du matin au soir on parle de foot sur les télés, sur les radios…c’est du permanent. Et vivant ici à Rome, une défaite de la Roma, tu la comprends immédiatement en allant au café du coin le lundi matin où les visages sont décomposés. C’est impressionnant. Le foot est une religion ici. Si tu veux, pour prendre une image, le foot est vraiment « pratiqué » comme une religion, avec ce côté très latin, très passionné, très souvent excessif ». Vous partagez sa vision ?

Oui, Thierry a raison. C’est une religion. Personnellement, le sport a dicté mes dimanches pendant mon enfance, comme un rituel religieux en famille : A 14h, on regardait le grand prix de formule 1, puis on enchaînait avec le suivi des matchs du Calcio à la radio à partir de 16h. Enfin à 19h, on regardait les résumés à la télé. Le foot, ça peut devenir fou en Italie, et faire vivre des choses d’une intensité incroyable en termes d’émotions. Tu peux te prendre la tête, et te fâcher avec des amis pour le football. C’est possible…Et malheureusement parfois, ça conduit à des drames. C’est très important de remettre les choses en place, de créer une ambiance saine, et de relativiser. L’opposition est une chose mais elle ne doit pas dépasser la ligne.

DE LA FORMATION AU DÉBUT DU JOURNALISME

Comment en êtes-vous arrivée au journalisme ? Ce métier était-il une vocation ou une révélation ?

J’ai toujours voulu devenir journaliste. Mon rêve était de devenir journaliste de Formule 1. Mais c’est un monde assez compliqué et difficile pour une femme, bien plus que dans le football. Au bout d’un moment, il faut savoir adapter ses envies avec les possibilités et la réalité du milieu.

Quel est votre parcours de formation ?

J’ai toujours considéré que pour être performante dans ce métier, il fallait bien connaitre ses sujets et travailler ses passions. Toutes mes passions tournent autour du motorsports, du tourisme et de la musique. Parallèlement, j’ai fait mon parcours de 5 ans à l’Université, puis enchaîné avec deux ans en école de journalisme, jusqu’à obtenir la carte de journaliste professionnelle italienne en 2009. C’est examen comprend bien évidemment les bases du métier, mais exige des aptitudes et un socle de connaissances solides en droit public, en procédure pénale, en histoire italienne et européenne et en déontologie. Il est assez difficile à obtenir, et parmi les journalistes en Italie, moins de 50% ont ce diplôme.

Marco Evangelisti
Marco EvangelistiSource Corriere dello Sport

Des modèles vous ont-t-ils inspirée dans ce métier ? Si oui, lesquels ?

Mon modèle principal est Marco Evangelisti qui travaille toujours au Corriere dello Sport. Quand j’avais 15, 16 ans, il travaillait dans la Formule 1 et son travail était juste parfait. On connaissait déjà beaucoup de choses du milieu de la Formule 1, mais j’attendais avec impatience ses articles tous les lundis. Il possède cette capacité à raconter une histoire de manière très particulière, en dessinant les personnages d’une façon attachante, à créer une proximité entre le lecteur et les personnes dont il parle. Le lecteur se sentait proche des pilotes et attiré encore plus par le sport et la vie autour du circuit.

Mon modèle principal est Marco Evangelisti. Il possède cette capacité à raconter une histoire de manière très particulière, en dessinant les personnages d’une façon attachante, à créer une proximité entre le lecteur et les personnes dont il parle

Comment définiriez-vous le métier de journalisme ? Quelles sont les méthodes de travail, les qualités principales pour un journaliste ?

Le journaliste est une personne qui apporte des éléments pour comprendre et regarder la réalité telle qu’elle est. Un journaliste se doit d’être droit, avec comme règle : La vérité.

Actuellement, la profession est mise en difficulté et vit un moment difficile de transition. Dans le sport, il y a beaucoup d’argent, des équilibres financiers à maintenir et la vérité est toujours difficile à cerner. Par ailleurs, l’apparition d’internet a changé la donne. Aujourd’hui, tout le monde peut publier un article, une vidéo, ou un papier, mais combien le font avec les règles du métier ? Très peu. Je pense qu’il y a encore beaucoup de place pour les journalistes, qui travaillent sérieusement.

Valentina CLEMENTE
Valentina Clemente Source Facebook

Selon une enquête de 2014, le métier de journaliste était l’un des plus détesté en France. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce le même constat à l’étranger ?

Oui, c’est un métier détesté, parce qu’on pense que le journaliste veut faire un lavage de cerveau des auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs. Beaucoup de gens pensent que certains journalistes sont au service du pouvoir. Malheureusement certains font ça. Ça existe…oui. Mais beaucoup de mes confrères font ce travail pour la passion, et il ne faut pas les oublier. Il faut s’adresser à ces personnes et les suivre.

Les débuts au Il Corriere Laziale, CalcioWeb, Romamortorweb

Vous débutez dans le métier en Freelance pour Il Corriere Laziale en 1997. Dans quelles circonstances intégrez-vous ce média ? Quelles étaient vos fonctions ?

J’ai commencé très tôt à travailler à l’âge de 16 ans et j’ai vécu mes premières expériences comme un moyen d’apprentissage fort. J’allais sur les terrains de football voir jouer les gamins. Ça me semblait important de s’intéresser à la base, notamment voir évoluer les jeunes. Devant un joueur en formation, c’est l’occasion d’aborder le parcours, revenir sur ses difficultés et son évolution, d’évoquer des choses de fond plus profondes que le montant du dernier contrat. C’est vraiment très important de se rendre compte des difficultés d’un jeune joueur à devenir pro pour appréhender le milieu du foot. Ses endroits conditionnent les personnes au professionnalisme.

C’est vraiment très important de se rendre compte des difficultés d’un jeune joueur à devenir pro pour appréhender le milieu du foot.

Vous vous lancez dans le statut de Freelance, qui va vous permettre de travailler dans des secteurs très divers, comme le sport, (America’s cup, Running, Football, Tennis) mais l’actualité. Quels sont les grands souvenirs de ces diverses expériences ?

Effectivement, j’ai travaillé dans des sports très différents. La voile est une de mes passions et ma plus belle aventure vécue est certainement l’America’s Cup en 2007, la dernière édition réservée aux voiliers de jauge internationale Class America. J’étais la plus jeune journaliste sur place. L’America’s Cup n’est plus ce qu’elle était. Elle représentait quelque chose de très fort, historique, avec un ensemble de règles, de difficultés humaines et techniques à gérer mais aussi, de sportivité. J’ai pu vivre ça de près et c’était très enrichissant

Le métier est-il le même selon le domaine ?

Le métier, est-il le même ? Oui… Mais en même temps non. Suivant le domaine, c’est la sensibilité qui change. C’est surtout différent par rapport aux personnes qu’on a en face de soi. Certains sports sont dit populaires, d’autres sports plutôt riches. Il faut être capable de s’adapter.

Entre le football, la voile, le tennis, l’actualité, l’auditoire est-il identique ?

Les auditoires sont différents, mais on parle toujours de Sport. En entretien, il faut faire preuve d’empathie, essayer de se mettre au niveau de la personne, comprendre sa situation, sa vie et son actualité. Il ne faut jamais oublier que le lecteur est un profil quelconque. Ainsi, l’article doit être lisible par tout le monde.

Vous allez également connaitre le métier de pigiste notamment à Eurosport entre 2013 et 2016. Quel était votre rôle pour Eurosport ?

En 2013, j’étais news Editor chez Eurosport. Je faisais les montages pour la commentatrice anglaise qui était à l’antenne. C’était très instructif. Cela m’a appris à travailler dans l’urgence, à faire face à des problèmes, et à les résoudre. C’est une partie de ma vie qui m’a préparée à la suite. C’est une bonne « école de formation »

Nathalie Iannetta nous disait qu’« Aujourd’hui, les étudiants se spécialisent dès l’école, non seulement sur leur domaine, mais aussi sur le support. C’est une aberration ». Êtes-vous d’accord ?

Oui, avant le journaliste ne faisait qu’une partie du travail, était moins polyvalents. Aujourd’hui, le journaliste doit être capable de faire de la vidéo, de la presse écrite, de la radio, de A à Z, sinon il ne travaille pas. Les écoles de journalistes forment dans ce sens, en donnant un spectre maximal à 360° pour pouvoir travailler.

Dans beaucoup de nos entretiens, des journalistes revenaient sur le statut de pigiste, relativement précaire. Comment concrètement vit-on quand on est pigiste ?

C’est une période très formatrice. Si je n’avais pas travaillé à Eurosport, je n’aurais pas développé des compétences, qui m’ont permises de saisir des opportunités par la suite. J’ai acquis de l’expérience, développé une capacité de travail importante, que ce soit pour Mediaset Premium où je réalisais le tournage, le montage, et assurais l’envoi du produit, ou pour le Corriere dello Sport pour lequel je faisais de la vidéo. Cette période a été capitale pour la suite de ma carrière.

Valentina CLEMENTE et Claudio RANIER
Valentina Clemente et Claudio RanieriSource Facebook

Si vous deviez retenir une anecdote de pigiste de cette période, quelle serait-elle ?

J’ai en mémoire un sujet, où nous évoquions l’Olympique de Marseille, et nous n’avions pas de vidéo récente des entraînements de l’OM. Pour faire un sujet vidéo, j’ai été obligée de couper tous les joueurs qui ne faisaient plus partie du groupe marseillais. C’est quelque chose qui arrive rarement, mais quand on est dans la difficulté, on est obligé de se débrouiller, faire travailler les méninges et trouver une solution dans les délais impartis.

Le Tennis a une grande place dans votre vie. Vous avez participé à la sortie d’un livre Federer Nadal Djokovic, I Dominatori Del Tennis. Vous étiez également attachée de presse de 2006 à 2010 pour la fédération italienne de Tennis. Quel est le rôle d’un attaché de presse ?

J’ai toujours vu le rôle de l’attaché de presse comme une personne qui doit aider le rôle du journaliste, celui ci n’ayant pas toujours beaucoup de moyens pour donner le meilleur de lui-même. En effet, un journaliste peut se retrouver dans un contexte international, avec un attaché de presse qui n’est pas conciliant, qui va contre le journaliste, qui demande à ce que certaines infos ne soient pas divulguées. Et forcément, le journaliste n’est pas content.

En revanche, si l’attaché de presse accueille le journaliste dans sa langue maternelle, si tout est fait pour qu’il puisse travailler dans les meilleures condition, c’est bénéfique pour tout le monde. C’est la raison pour laquelle, un parcours de journaliste est précieux pour être un bon attaché de presse.

Journaliste au Corriere dello sport

Dans quelles circonstances rejoignez-vous le Corriere dello Sport en 2013 ? Comment est née cette opportunité ?

Elle a commencé à la suite de mon entretien réalisé pour Eurosport, avec Rudi Garcia en 2013. Avant de partir, j’ai contacté toutes mes collègues qui suivaient la Roma. A ce moment-là, on m’a demandé ce que je faisais à Paris, et si j’étais intéressée pour collaborer avec eux. J’ai dit oui, C’était le journal de ma ville, le journal avec qui j’ai grandi et rêvé de faire ce métier. C’était le rêve de ma vie d’écrire pour le Corriere dello Sport.

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Valentina Clemente et Rudi Garcia Source Facebook

Vous êtes correspondante française pour le journal. Comment définiriez-vous le rôle de correspondant ?

Le métier de correspondant représente beaucoup de choses. Le journal dépend beaucoup, si ce n’est entièrement de lui. Etre correspondant, c’est être attentif, avoir les yeux et les oreilles en alerte en permanence, être capable de se mettre dans la peau de ton employeur qui attend ton travail, avoir une responsabilité vis-à-vis du lecteur et une gestion des sujets.

J’ai pu m’en rendre compte malheureusement lors des attentats à Paris lors du France / Allemagne le vendredi 13 Novembre 2015. J’étais présente au Stade de France le soir du drame. J’ai immédiatement averti le Corriere dello Sport de ce qui se passait et je leur ai dit « Arrêtez-tout ». Il fallait gérer l’urgence, la pression mais le journal a réussi à traiter l’information.

Malgré cet événement tragique, le métier de correspondant est très enrichissant, permet de s’immerger dans une culture différente, d’apprendre des langues, de devenir plus ouvert et autonome. C’est une chose fondamentale et un enrichissement personnel

Etre correspondant, c’est être attentif, avoir les yeux et les oreilles en alerte en permanence, être capable de se mettre dans la peau de ton employeur qui attend ton travail, avoir une responsabilité vis-à-vis du lecteur et une gestion des sujets.

Entre la Presse web et la presse papier, l’exigence et les méthodes de travail sont-elles les mêmes ? Quelles sont les difficultés liées à cet exercice ?

L’exigence du métier est identique, la manière de travailler est similaire. C’est capital de savoir où chercher les informations. La différence réside dans le lien vis-à-vis du temps. Sur internet, on n’a très peu de temps et ça devient fondamental de savoir où chercher, être bien entouré, avoir un panel de personnes solides, dignes de confiance, et de références crédibles.

Lors de la couverture médiatique sur la tragédie d’Emiliano Sala en Janvier 2019, il fallait être réactif pour couvrir un tel événement, afin de comprendre ce qui s’était passé, mais sans dire n’importe quoi évidemment.

Existe-t-il une différence d’approche journalistique entre l’Italie, la France et l’Espagne où vous avez travaillé ? Quid de la qualité de la presse entre les deux pays ?

Une approche différente ? Avant oui. L’introduction des droits sportifs pour transmettre la ligue des champions ou l’Europa League a changé l’approche du métier. Avant, on pouvait voir les joueurs, les attendre, certains journalistes pouvaient aller boire un café avec eux. Désormais, les journalistes sont contraints par les droits sportifs. Comment faire son métier correctement quand tu n’as pas les droits de diffusion ? Parfois, quand le pays a les droits, il peut arriver que le journaliste ne puisse pas travailler parce que les clubs ont un pouvoir décisionnel très important. L’’enjeu économique a pris le dessus.

Au final, on se retrouve avec des débats stériles dans les journaux, télés ou radios.

Le journalisme est-il compatible avec la période de Mercato, où tout et son contraire se dit ?

C’est difficile de répondre à cela. Entre les infos, les intox, les intérêts financiers, les intérêts sportifs …On peut dire tout et son contraire pendant le mercato.

Europe 1 et RFI

Depuis 2016, vous officiez comme spécialiste du football italien pour la radio Europe 1, et RFI. Pouvez-vous revenir sur ces deux activités ? Les émissions ? Votre rôle ?

Mon métier est de parler du football. Je suis invitée en studio et fais des reportages depuis l’Italie.

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Valentina ClementeSource Insagram

RFI est une radio internationale. Vos interventions diffèrent-elles selon l’auditoire?

J’aime beaucoup faire mes interventions sur RFI. Le contexte international de la radio permet la rencontre de personnes très diverses, aux parcours disparates, ouvertes sur le monde. C’est une autre manière d’aborder le foot.

Comment préparez-vous vos interventions ?

Je prépare mes interventions en lisant tout ce qu’il est possible sur le sujet en question. J’essaie d’avoir une vision globale en me renseignant sur les différents angles possibles. J’utilise également les dates, les statistiques. Il est primordial de se préparer sérieusement afin de se former une vision à 360° du sujet qu’on veut traiter pour avoir une analyse la plus fidèle et honnête possible

Le football Italien souffre-t-il d’une vieille image en avec le Catenaccio, qui n’existe plus. Comment est perçu le football italien en France ?

La vision du football italien a un peu souffert ces dernières années, avec les résultats depuis 5 ans : Un seul club italien en ¼ de finale en 2015 (Juventus), absence de clubs en ¼ de finale en 2016, la Juventus finaliste vaincue en 2017, deux clubs italiens éliminés en ¼ en 2018, et la Juventus éliminée en ¼ contre l’Ajax Amsterdam en 2019. L’arrivée de Ronaldo dans le championnat italien est un signal positif pour espérer reconquérir l’Europe. Mais peut être manque-t-il au football italien quelques entraîneurs un peu plus importants pour atteindre les objectifs.

On verra ce qui va se passer entre Lyon et la Juventus lors de la double confrontation en 8ème de finale de ligue des champions.

A l’image de l’Espagne récemment, l’Italie est frappée par des cas d’insultes racistes, causant l’arrêt de matchs. Comment lutte l’Italie contre ce fléau ?

Le racisme est un problème très profond en Italie et les politiques ne font pas assez pour endiguer le problème. J’ai l’impression que la politique recule sur le sujet. Il existe diverses formes de racisme : Le racisme contre son voisin, contre les femmes, les homosexuels, les personnes de couleur… mais le mode de fonctionnement reste le même : Un manque de culture mélangé à une aversion contre tout ce que l’on ne comprend pas, qu’on ne reconnait pas comme proche. Il faut vraiment accentuer nos efforts pour qu’on sorte de cette situation.

Valentina CLEMENTE et Lucien FAVRE
Valentina Clemente et Lucien FavreSource Facebook

La dernière campagne de la Serie A contre le racisme a créé la polémique (via Simone Fugazzotto, un artiste mondialement connu). J’imagine qu’en Italie, elle a fait grand bruit aussi ?

Oui, c’était à peine croyable…Tout le monde est resté stupéfait devant la campagne. Le sentiment que j’ai eu, c’est qu’on fait toujours le contraire de ce qu’il faut faire.

Comment est perçu le foot français en Italie ? Est-il suivi ?

Oui le championnat est un peu suivi. J’ai la chance d’en parler et de le mettre en valeur. Quand j’échange avec les personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux, elles sont intéressés. L’arrivée de Cavani, Neymar est clairement un plus pour attirer le regard sur le championnat. Mais le plus précieux pour moi, c’est quand on me questionne sur le fonctionnement de petits clubs. Cela témoigne d’un intérêt et une curiosité croissants pour le football français et que mon travail est apprécié.

Quelle est la différence entre le travail à la télévision, et à la radio ou la presse (écrite, ou web) ?

J’adore la radio. C’est un média polyvalent, qui permet de travailler sur l’écriture, de porter la voix des gens et des sportifs. Et sur la forme, l’utilisation du son crée une atmosphère et une ambiance très particulière. C’est le média que j’affectionne le plus

Nathalie Iannetta évoquait la télé, « Le problème de beaucoup aujourd’hui, ils font de la télé, ils travaillent pour soigner leur propre image. Ils ont oublié que le cœur même de ce métier, c’est de parler et de mettre en valeur les autres. ». Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Dans notre métier, nous sommes obligés de penser à notre image. Si un journaliste passe à la télé, il faut être soigné et bien habillé. Il ne peut pas arriver à l’antenne en étant négligé. C’est tout à fait normal et c’est une question de respect pour le public. En revanche, l’image ne peut pas suffire. L’image ne doit pas se substituer aux compétences et l’essence même de ce travail. Parfois, on a le sentiment que si tu es joli, homme ou femme, tu mérites plus de place que quelqu’un de bien qui fait bien son travail. Après les deux choses ne sont pas incompatibles mais on est dans une société où il y a une marchandisation de l’être humain, où certains sont plus là pour leur l’image que pour leur qualité. Ce sont des « journalistes stars » plutôt que des journalistes qui font leur métier. Ce n’est pas la majorité, mais on a des exemples.

On est dans une société où il y a une marchandisation de l’être humain, où certains sont plus là pour leur l’image que pour leur qualité. Ce sont des « journalistes stars » plutôt que des journalistes qui font leur métier. 

Dans votre carrière, vous vous êtes entretenue avec des grandes personnalités du football. Quelle est celle qui vous a le plus marquée ?

En tant que journaliste sportive et napolitaine, je dirais sans doute la rencontre avec Diego Maradona. Même si c’était une brève rencontre, c’est un jour que je ne pourrai jamais oublier. Nous étions dans une ambiance de folie, j’ai posé une question et il a pris du temps de répondre, de manière totalement naturelle et généreuse. Pendant la journée, j’ai pu le fréquenter en privé et c’est du niveau aussi.

Le métier Le métier journalistique nécessite des réseaux, mais aussi une certaine distance pour l’analyse, la prise de recul. Comment trouver la bonne distance ?

La distance ? C’est une bonne question. Il faut toujours avoir de la distance. Il ne faut pas être trop proche ou ami avec les joueurs et les gens qui font ce métier. C’est la marche que je ne veux pas franchir. Je préfère avoir une info en moins plutôt que d’écrire des choses que je ne pense pas. C’est une question de déontologie.

Parmi vos échanges, que ce soient Unai Emery, Diego Maradona ou Claudio Ranieri… En étant polyglotte (Français, Espagnol, Italien et Anglais), vous adaptez-vous toujours à la langue maternelle de la personne interviewée ?

Oui, tout à fait. J’essaie toujours de parler dans la langue maternelle sauf en cas d’exigences télévisuelles, où certaines chaînes ne veulent pas réaliser de sous-titres. Lors de mes échanges avec Maradona, nous parlions en Italien, tout comme avec Ranieri. Quand je me suis entretenu avec Emery, c’était en Espagnol. Le fait qu’il s’exprime dans sa langue maternelle lui donnait la possibilité d’être plus à l’aise, de dégager une autre image, de s’expliquer avec ses mots afin de faire ressentir ce qu’il avait en lui. C’est à moi de m’adapter, d’utiliser les langues que je parle pour mettre la personne dans les meilleures conditions pour s’exprimer.

C’est un manque de respect de se moquer d’un entraîneur qui ne parle pas bien une langue.

On entend souvent en France le reproche fait à certains joueurs (Ibrahimovic à l’époque) de ne pas répondre en français. Toutefois, beaucoup d’étrangers ont été moqués pour leur français à l’image de Jardim, Emery… Comment l’expliquez-vous ?

C’est un manque de respect de se moquer d’un entraîneur qui ne parle pas bien une langue. C’était important pour Jardim ou Emery de s’exprimer en Français et ils ont fait l’effort. Ce n’est pas évident d’apprendre une langue, surtout le français, langue difficile à maîtriser parfaitement avec une prononciation particulière. Il ne faut jamais se moquer et toujours aller vers l’autre…

Extrait en espagnol de mon Itw avec #Emery : le jeu du #PSG une question de verticalité #PSGOL

Publiée par Valentina Clemente sur Lundi 20 mars 2017

La France a-t-elle un problème avec l’apprentissage des langues étrangères ?

(Rires) La France n’a peut-être pas envie d’apprendre les autres langues, je ne sais pas. Il y a peut-être quelque chose de culturel, de vouloir rester dans son monde, surtout pour les générations des années 80/90. Mais les choses changent et les jeunes s’ouvrent de plus en plus aux langues étrangères et comprennent que c’est fondamental pour travailler et voyager.

Quel usage faites-vous des réseaux sociaux aujourd’hui ? Quel regard portez-vous sur cet outil, ses limites ?

J’essaie de les utiliser avec un équilibre, sans me mettre trop en avant et sans excès.

Nous souhaitons remercier chaleureusement Valentina d’avoir accepté notre entretien et lui souhaitons toute la réussite dans la suite de ses différents projets, notamment avec la parution du livre Federer Nadal Djokovic, I Dominatori Del Tennis.

JM

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