DOSSIER – Le football français, mais quel foot français ?

Des premiers émois de 1958 à l’extase de 2000, le football français a connu plusieurs générations exceptionnelles qui lui ont donné une exposition mondiale plus qu’intéressante. Les générations Piantoni  Kopa  Fontaine, puis Six Lacombe en passant par Giresse Tigana Platini et enfin Zidane Djorkaeff et Deschamps. Trois génération hors norme ayant donné au football français ses lettres de noblesse jusqu’au Grall du titre mondial de 1998. On parle bien d’équipe nationale car pour les clubs, c’est une autre histoire. Si Bastia ou Bordeaux nous ont fait vivre de belles émotions, les seuls moments de gloire nous ont été offerts par Reims, Saint Etienne, l’Olympique de Marseille et le PSG pour deux titres seulement dont la défunte Coupe des vainqueurs de coupes.

Autant dire que le football français a rarement dominé le football. Très loin d’avoir des joueurs de la classe des sud américains, le palmarès des allemands, l’intelligence tactique des italiens. Il en est de même de notre championnat qui semble très loin de la qualité de la Premier League, la Seria A ou la Liga. . Alors d’où vient cette mode de croire que le football français est classe, qu’il possède un vivier de super coachs, une formation tellement forte qu’au-dessus c’est le soleil ?

Dans le passé, des coachs français occupaient des postes importants dans des clubs étrangers (Luis Fernandez, Arsène Wenger, Gérard Houiller, Reynald Denoueix, Jean Tigana). Combien sont-ils aujourd’hui ? Arsène Wenger et Philippe Montanier semblent être les seuls rescapés. En France, beaucoup d’entraineur ne sont pas des coachs de club professionnels. Elie Baup, Alain Casanova, Alain Perrin ou Guy Lacombe sont avant tout des formateurs. Rudy Garcia fait aujourd’hui office de référence française dans notre championnat mais a du mal à faire progresser son club en Ligue des Champions. Rien de réellement étonnant puisque Lille a souvent discrédité l’Europa League, comme bon nombre d’équipes avant elle. La culture Europe se cultive, mais la France a pris l’habitude d’appréhender la problématique Europa League uniquement sous le volet financier. Elle en oublie une chose : La C3 permet d’acquérir de l’expérience, et de valoriser ses joueurs.

L’explosion des médias … La presse sportive, le Tabloïd du sport ?

Depuis les années 90, l’explosion médiatique joue un rôle non négligeable dans la vision de notre football, forcément erronée au regard de l’histoire de ce sport. Pire, ce que l’on va appeler la génération « 5 a side » ou youtube est une vraie plaie et déforme la perception de la valeur d’un footballeur professionnel. La France a bâti sa réputation sur des générations hors norme donc hors de la norme. Ceci sous-entend que la normalité est d’avoir des footballeurs moyens. La force de ces derniers est d’être parti à l’étranger après avoir bien maturé en L1. Ils sont devenus leaders dans des grands clubs et ont forcément fait grandir notre équipe nationale. Aujourd’hui, les joueurs partent de plus en plus jeunes, ne sont plus des éléments indispensables mais « expandable » et l’équipe de France en pâtit, comme l’atteste les résultats de la sélection nationale depuis 2002. Cependant si on regarde l’histoire du football, l’équipe de France a des performances presque « normales ».

La presse est un élément incontournable de notre perception du football. En France, une certaine presse est  oligopolistique et dont le but n’est plus d’informer mais de vendre. L’analyse et l’information passent au second plan au profit d’une quête perpétuelle d’icônes à choyer ou à critiquer.  La façon dont le rachat du PSG a été traité en est un exemple.

Avec l’explosion d’internet, le flux d’informations  avalé par le fan-consommateur de foot est important. On assiste à l’émergence d’analyste en herbe eux même influencés par les vrais professionnels du journalisme sportif ou par l’esprit de contradiction en prenant le contre-pied de journalistes sportifs connus. Enfin, la course au pronostic et aux paris (qui ont secoué le Handball récemment) biaisent l’analyse dans une approche « résultat ».

Champion d’Europe de la gestion sportive et financière ?

Nous avons beaucoup parlé du football d’un point de vue équipe nationale mais celui de club n’est pas rose non plus. Auparavant les clubs était en survit grâce aux collectivités locales. La loi Pasqua*passant par là, c’est la subvention de type privée qui maintien actuellement ce sport au-dessus du niveau de la mer. Pourtant, l’argent existe en France, mais son allocation est inappropriée et remet en question le niveau de gestion des clubs professionnels.

Il existe cependant  des clubs comme Lyon ou Lille qui tentent de créer le business à la française. Il est vrai que dans ce domaine, nous souffrons terriblement de la comparaison avec le modèle allemand ou anglais. Modèle, qui faut l’avouer est impossible à transposer complètement au regard de la manière dont le football est vécu dans ces pays.

Toutefois, il est important d’ajouter un bémol. Lille et Lyon semblent atteindre les limites  actuellement sur la scène européenne,  notamment dans la capacité à devenir un prétendant sérieux pour un huitième de finale de Ligue des champions. En effet, si Lyon a formidablement bien travaillé pendant 16 ans, en sauvant à lui tout seul la face du foot français en Europe, le club a moins bien travaillé pendant 4 ans. Au point de presque annihiler une dizaine d’années de travail. Lille peut remercier Lyon de l’avoir financé pendant ces années. Y a-t-il un lien entre les frère Seydoux ? Libre à chacun d’interpréter l’histoire. Toujours est-il que Lille est à un moment charnière de son histoire. On va voir comment le club va évoluer. Patience donc.

Bien entendu j’aborde ces clubs par rapport à un objectif de succès européen. On peut aussi souligner les projets intéressants de Valenciennes avec son nouveau stade, la nouvelle politique de Saint Etienne ou bien le Porto de France, j’ai nommé Lorient, qui achète pour rien et revend à prix d’or.

Grand groupe spécialisé dans le sport recherche technico-commercial.

Il faut aussi parler de la gouvernance du football français que ce soit au niveau de la ligue ou de la FFF. On a finalement le football que l’on mérite,  celui de nos dirigeants. Malgré les résultats risibles (sur le fond mais surtout la forme) depuis 2000, le management de la FFF reste le même. Le football de clubs a changé mais la Ligue, quant à elle, n’évolue pas. Le championnat à 20 clubs est une hérésie compte tenu des faibles affluences des stades et du niveau technique moyen. La coupe de la ligue, initialement créée  en raison d’un championnat à 18 clubs,  existe toujours, malgré le peu d’intérêt que portent les équipes engagées dans la compétition.

La France est 6ème au niveau UEFA et ce n’est qu’une question de temps avant de voir l’Ukraine voire la Russie revenir en force. Il est temps que la France retrouve les bases du football professionnel, qu’elle s’appuie sur l’Europe. Mieux, la France est en mal de « technico-commerciaux » du football. Doit-on attendre le Big Bang  et voir l’extinction des dinosaures pour évoluer ? Là est la question.

6 Comments

  1. Quel club forme encore réellement ? On avait par le passé Auxerre ou Rennes qui étaient de véritables usines à joueurs de L1, mais aujourd’hui ?
    Le meilleur centre de formation est peut-être celui de Sochaux, grâce entre autre à l’académie de Djambars. Les observateurs de jeu vidéo (foot manager notament) font peut-être un meilleur boulot que nos chasseurs de talents français…
    Hors Quatar et autres contrées plus ou moins exotiques, le foot français manque de moyens et a, je crois, manqué sa voie : la formation et le recrutement de jeune.

    • Salut la quenelle

      Je porterais plus la question sur : comment forme-t-on aujourd’hui ? Tout les clubs forment ou essayent de former avec plus ou moins de réussite mais qu’est-ce qu’on apprend aux jeunes ? quels sont les critères mis en avant ?
      Il suffit de voir le monde amateur qui reflète ce que demandent les clubs pro. Pour réussir il faut avant tout être physique. Le gamin en U13 qui mange les autres physiquement va être repérer par les gros clubs de sa région. Dès lors, tout est fait pour que le physique prenne le dessus sur l’aspect technique ou tactique.
      A l’opposé on a également les génies du ballon, ceux qui peuvent tout faire avec un ballon tant que celui ci est dans leur pied. Mais dès qu’il faut faire le choix de passe juste, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué de trouver quelqu’un.

      On doit partir d’une politique forte, mais qui peut me dire qui est à la tête de la DTN en ce moment ? Que fait-il ? Quelles sont les personnes qui réfléchissent sur notre football en ce moment ? …

  2. Interressant point de vue la quenelle marseillaise. Cependant a y regarder de plus près, peux tu me citer 3 rennais et 3 auxerrois ayant eu une carrière digne du très haut niveau? bien entendu je parle depuis les années 2000 meme si on peut etre decu par la percours de certains de la generation dorées (Kapo Fadiga Mexes etc)…Cela va etre très diffcile. A rennes qui? Sylvestre Dabo Gourcuff et encore. Depuis plus rien. Mvilla on voit ou il est aujourd’hui. PAreil pour Sochaux. Erding Pedretti Martin pour l instant, Frau Monsoreau ne sont pas où on les attendait et meme Menez finalement. Peut etre mathieu s en sort bien. C’est très difficile finalement de voir de bon résultat.
    Donc le problème est ailleurs. FFF et club. Comment forme t on nos jeunes? quel bagage intellectuel (très important).

    Ensuite, tu parle de recrutement mais alors mon ami c’est tout un autre débat ou, tu as raison, on a beaucoup de chose à apprendre et de travail à faire.

  3. Salut les gars,

    Pour moi, recrutement et formation sont intimement liés. Une formation intelligente doit permettre de limiter le recrutement. Et pour une formation intelligente, mieux vaut recruter le plus jeune possible.
    Question formation, je vous rejoins sur l’absence de qualité « intellectuelle » des gamins, mais cela s’étend au delà du foot : même des collégiens loin du foot se prennent pour des stars ! Je crains que ce point soit un combat perdu d’avance. Sur le physique, privilégié au détriment de la technique, on peut peut-être davantage évoluer : comment par exemple peut-on laissé filer un Griezmann ?

    Après, tant que l’on aura pas une DTN avec une ligne de conduite claire et connue de tous, on ne s’en sortira pas. J’entends de ci de là que l’on veut changer de direction et privilégié la technique pour copier les espagnols, c’est bien… Mais j’ai peur que dans 10 ans on se retrouve avec le même problème inversé !
    Je pense, à l’instar de beaucoup d’autre sport, que le secret est de rendre plus technique nos monstres physiques, et ce dès le plus jeunes âges : multiplier les M.Sissoko en quelques sortes…

  4. salut la quenelle

    La question de la DTN est en effet primordiale. Malheureusement qui en parle ? Qui veut réellement que les choses évolue ? …

    Ensuite, accès uniquement la formation sur la technique serait en effet une erreur. La technique sans intelligence de jeu, ça sert à rien. Les joueurs doivent sentir le jeu, le comprendre. Pour cela ils doivent être passionner par ce qu’ils font, aimer regarder le foot que ce soit au stade ou à la télé, s’intéresser à ce que peuvent proposer des équipes d’autres pays. Mais là encore les dirigeants le font-ils ? Comment « exiger » une chose de la part des joueurs que même les dirigeants ne font pas.
    J’ai lu récemment qu’un joueur comme Michu avait été suggéré à plusieurs clubs en France. Je n’ose même pas évoquer les réponses que la personne a reçues : qui c’est ? l’entraîneur veut quelqu’un qu’il connait, …

    Bref, je m’éloigne un peu de ce que je voulais dire.
    Tu voudrais rendre les physiques techniques ? Mais pourquoi ne pas détecter avant tout les joueurs techniques et intelligents ? Si on garde une volonté physique avant tout, avec pour but de technifier (je sais, ça ne se dit pas^^) les joueurs, on ne va pas forcément avancer. Les clubs proposeront toujours des joueurs avant tout physiques, au dessus du lot dans les catégories de jeunes et au final quel sera le réel progrès technique ?

    Ensuite, se pose également le problème de la Ligue 1. Tout le monde est d’accord pour dire que c’est un championnat difficile car très physique et avec des équipes bien en place tactiquement.
    Prenons l’exemple de Clermont en L2 avec Régis Brouard qui arrive avec des idées de jeu et une réelle volonté de jouer au foot. Il se heurte à la vérité du résultat. Mettre en place un jeu c’est difficile. Les dirigeants, les supporters veulent des résultats et pour réussir il faut avant tout être physique puisque les autres équipes ne vont pas s’embarrasser à jouer autrement.

    Tout ça pour dire, que le changement doit être profond. La manière de penser le foot doit évoluer et ça va prendre beaucoup de temps pour apercevoir les premiers résultats, si tant est que nos dirigeants n’aient la volonté d’évoluer …

  5. Excellent article. Je trouve très pertinent le propos de cet article. Aujourd’hui, la formation française va mal, mais les instances dirigeantes du fait des dernières victoires des jeunes veulent nous faire croire le contraire. Le déficit de la France face aux autres nations européennes est énorme. L’Espagne, l’Allemagne ont un vivier de jeunes supers bons et formés dans les plus grands club. Aujourd’hui le Isco de la France c’est qui? Ou est l’Illaramendi français? Ou est le Kroos francais? ou est le Gotze français? le Gundogan français? Le Reus français? le Thiago Alcantara français?? je vais m’arrêter la. Cependant les instances notamment la FFF continuent de nous dire que la formation française est tip top.

    Une solution pour moi, c’est que tout les grands de L1 (Paris, Marseille, Monaco) fassent comme l’OL et misent sérieusement dans la formation. J’ai cru comprendre que Paris souhaitait le faire et je m’en réjouis d’avance.

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